
La légende vivante Corinne Benintendi, sous le maillot de Challes et en mode coach de Montbrison©MaxiBasketetBCMF
Par où commencer? Savoyard bercé aux récits oraux du Challes du début des années 90 et spectateur assidu du Challes des années 2000, j’ai eu l’honneur d’assister aux deux derniers matchs en carrière de Madame BENINTENDI. De Corinne tout court. Quand le monde du basket vous appelle juste par votre prénom car il parle à tout le monde, parce qu’il sous-entend tout un tas de qualité (intégrité personnelle, compétences, rigueur, passion, partage, construction…), cela pose une femme.
D’une part, une joueuse ayant évolué au plus haut niveau possible. 2 fois élue meilleure joueuse française de l’année en 1995 et 1996 avec Tarbes.
Meneuse titulaire et emblématique de Challes-les-Eaux avec son bandeau. Surnomée « Little Big Woman » ou « Mobylette » pour les médias locaux savoyards. Triples Championnes de France (91-92-93) sous les ordres d’un coach lui aussi mythique, Vladislav LUCIC. La rigueur des fondamentaux et du travail acharné de l’école yougoslave, c’est pas mal comme feuille de route. Elle emmenera aussi ce club au Final Four de l’Euroligue (Coupe des Champions à l’époque). Une première pour un club français. Challes finira 3ème. Oui on ne devient pas l’une des meilleures équipes françaises de l’histoire (avec Clermont et ses Demoiselles, Bourges, Valenciennes et Villeneuve d’Ascq) sans des partenaires prestigueuses et du professionnalisme.
« C’est assez exceptionnel ce que l’on est arrivé à faire. Nous avions un entraînement le matin ainsi que le soir, soit quatre heures par jour sans temps de repos. Entre les deux, la plupart des joueuses travaillaient, car nous n’étions pas rémunérées par le club. La majorité d’entre nous étaient dans l’entreprise immobilière de Robert Didier ou dans celle de Jean-Claude Clanet (administrateur judiciaire). Nous sommes parvenues à maintenir ce rythme parce que nous étions passionnées par le basket ! Avec Challes, on m’a montré du doigt ce qu’était le basket professionnel. »
« Il était intransigeant avec nous, même lorsque nous étions fatiguées. Une fois, il est allé chercher les dirigeants pour leur montrer que l’on ne travaillait pas assez selon lui. Nous sommes parvenues à nous adapter au rythme imposé par le coach car nous avions un groupe exceptionnel, pour la plupart formé à Challes en plus. Toutefois, même si les entraînements étaient durs, Lucic a toujours cru en nous et en nos chances de remporter le championnat. Il nous répétait tous les jours : « Nous allons gagner le titre ». Nous avons fini par le croire ! »
Corinne Benintendi
Ses coéquipières sont entre-autres, Olga SOUKHARNOVA (Multiples championnes olympique , du monde et d’europe avec l’URSS, élue dans le meilleur 5 du 20ème siecle par les Américains !), Isabelle FIJALKOWSKI (Hall of famer FIBA, 2 euroligues, Chantal JULIEN (Arbitre de 2 finales olympiques) et les « locales » Fred VENTURI (19 sélections), Floriane LEHIDEUX et Sabine FALCOZ. Dis moi qui sont tes coéquipières, je te dirais qui tu es? Une joueuse du top niveau mondial. 48 sélections en Equipe de France entre Mars 84 et Juin 96 pour 292 pts inscrits. A Tarbes, Corinne BENINTENDI etoffera encore son palmares avec la Coupe d’Europe Ronchetti (2ème niveau derrière l’Euroligue) et une Coupe de France en 1996.
D’autre part, une coach qui aura tutoyé les sommets. Challes d’abord, pour la ville dont elle sera aussi conseillère municipale. Un engagement sans faille. Elle prendra les commandes du club après que celui-ci soit retombé en NF3 après une liquidation. Sous sa houlette, le club remontera tous les échelons pour retrouver l’élite du basket français. Championne de France NF3, puis NF2 (2003) puis NF1 (2005) avec un style caractéristique. Des mouvements collectifs offensifs orchestrés à la demi-seconde près. Quel bonheur de voir jouer son équipe avec Sylvia JANOSTINOVA et Martina LUPTAKOVA. Une intensité sans équivalent sur son banc, jamais démentie, elle qui défend aussi intensément que ses joueuses et sa capacité à faire progresser des jeunes joueuses. Pêle-mêle, Emilie DUVIVIER (NF1 à Challes en sortie de l’Insep jusqu’à l’Equipe de France), Maryline MEUNIER (de R1 à NF1!) et plus proches d’aujourd’hui, Rachel CLET, Manaelle YERBE, Amance KERBAUL…Seul moyen d’ailleurs pour faire exister ses équipes avec un budget inférieur.
Un modèle qu’elle a réussi à réediter avec Montbrison. Un triplé de titres de championne de France et 3 montées consécutives. Un exploit jamais réalisé dans le basket français féminin. Championne de NF3 (2013), de NF2 (2014) et de NF1(2015) avec une montée en Ligue 2. Elle y maintiendra le club pendant 11 saisons. Seulement 2 saisons en dehors des playoffs (la première et la 8ème) Sinon, un classement impressionnant pour les moyens de Montbrison (10è, 7è, 5è, 5è, 7è, 8è, 8è, 9è (pas de playoffs), 2è, 3è, 3è). Le tout avec un renouvellement de son effectif de plus de 60% chaque année presque. Les 2 dernières saisons se finiront même en Finales de Ligue 2! Quelle sortie.
Bref. Une légende qui aura dominé ou impacté le basket français pendant plus de 40 ans. Bonne retraite et surtout MERCI. MERCI BEAUCOUP.
Passionné de basket, ancien arbitre de championnat de France amateur, joueur et coach au niveau régional et lecteur de Postup.fr, je ne pouvais pas ne pas y contribuer.
