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Marina MALJKOVIC : “Intégrer les jeunes de Galatasaray dans le groupe professionnel”

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La technicienne franco-serbe est prête à relever un nouveau défi © Ekspres

Une semaine avant de se lancer officiellement dans un nouveau défi avec l’équipe de Galatasaray, Marina MALJKOVIC, qui est également la sélectionneuse de la Serbie, a accepté de répondre à nos questions.

Avant de revenir sur votre actualité, nous allons retourner un an en arrière. En 2015, l’équipe nationale serbe a été sacrée championne d’Europe. D’après vous, quels ont été les clés de ce succès ?

Je pense qu’il faut dire la vérité : nous avons fait un énorme sacrifice. Quand je suis devenue sélectionneuse nationale en août 2011, ça a étonné tout le monde parce qu’à 29 ans, j’étais la plus jeune coach, qui plus est une femme dans cette région d’Europe où il y a beaucoup de “machos”. C’était très particulier. Le président de la Fédération Serbe et les gens avec lesquels j’ai commencé ce projet en 2011 m’ont fait confiance alors que les filles n’avaient pas participé à un championnat d’Europe depuis 11 ans. On s’est qualifiées directement pour l’Euro 2013 en France, au terme duquel on a fini quatrièmes.

Il faut repenser à tout le processus qui a été mis en oeuvre d’année en année. En 2014, il y a eu le Mondial en Turquie, on a terminé huitièmes, une place très intéressante. Je me souviens d’un match en particulier où on a été la seule équipe nationale a vraiment faire du mal aux Etats-Unis (défaite 94-74, ndlr), d’après ce que les Américaines avaient dit à l’époque.

L’année suivante, nous avons réalisé une performance à laquelle personne ne croyait contre une équipe de France très très forte. C’était un match très particulier pour moi avec beaucoup d’émotions et de sentiments. Les Français ont pu le voir lors de la retransmission télévisée.

Les clés de cette réussite sont un énorme travail, avant tout se donner à 100%, l’amour pour le basket, pour un pays et le dévouement total d’un être ! Mon staff, mes joueuses et moi-même avions sacrifié nos vies privées pour ces 4 années. Je n’ai jamais menti en disant que je n’ai jamais éteint mon téléphone, pas pris de vacances, aucun repos. Tout était consacré à la qualification pour les Jeux Olympiques de Rio. Ce projet qui, à la base, devait durer 8 ans, on l’a monté en 4 ans ! Par le passé, plus précisément ces 5 ou 10 dernières années, la Serbie avait eu des grands noms en équipe nationale  avec des gros CV mais n’avait pas eu de grands résultats donc ce titre européen appartient spécifiquement à ce groupe.

Cet été, cette même sélection a décroché la première médaille olympique de son Histoire. On imagine que ce fut une grande fierté pour vous, vos joueuses et tout le peuple serbe…

Les gens me demandent quelle est la médaille la plus importante pour moi entre l’or à l’Euro 2015 ou le bronze des Jeux Olympiques. Pour tout sportif, les J. O., c’est ce qu’il y a de plus haut dans n’importe quel sport. Je donne donc un petit avantage à ce bronze.

Notre objectif était dans les 5 à l’Euro 2015 puis de se qualifier pour les J.O. et finalement on a décroché l’or. Depuis, on est devenus des idoles pour ce peuple. Pas seulement parce qu’on a eu de bons résultats sur le terrain mais aussi. C’est surtout que les filles ont su faire parler d’elles les médias dans le bon sens. Tout le monde en Serbie trouve que les basketteuses étaient un peu les “chouchous” du peuple car elles se battaient sur le terrain et se donnaient sans réfléchir. C’est dans notre mentalité, notre caractère. En dehors du terrain, elles étaient très proches du peuple, toujours présentes. Ca a donc été une grande fierté pour tout le monde !

Une participation aux J. O. pour un si petit pays qui, après le championnat d’Europe, avait 3000 licenciées puis c’est passé à 5500, comparé à la France et ses 270 000 licenciées, c’était énorme ! Quand on a créé l’exploit en battant l’Australie, c’est un rêve qui a été exaucé alors imaginez notre fierté d’obtenir le bronze pour nous tous qui n’en sommes même pas encore conscients mais le peuple, lui, l’est. Que ce soit à l’été 2015 ou cette année, ils étaient tous à Belgrade pour célébrer ces deux titres. C’est notre raison de vivre, tout simplement !

Je tiens aussi à dire que depuis qu’on a obtenu ces bons résultats, tous les pays autour, que ce soit la Croatie, la Bosnie ou la Slovénie, ont fait des efforts. Ca a vraiment réveillé le basket féminin dans toute la région. Ca me fait très plaisir ! D’ailleurs, la Serbie et la Slovénie ont décidé de présenter leur candidature conjointe pour l’organisation de l’Euro 2019.

Parlons désormais de votre parcours en club. Quel bilan faites-vous de vos 3 années à Lyon ?

Avant tout, je veux faire part de mon immense plaisir d’être venue dans mon deuxième pays. Je me considère comme Franco-Serbe, j’ai les deux passeports. Après les résultats que j’ai pu obtenir avec les équipes serbes (6 titres nationaux consécutifs, plusieurs fois coach de l’année, etc.), je croyais vraiment avoir fait le tour. A ce moment-là, j’aurais pu être appelée par n’importe quel autre club dans le monde mais Lyon c’était la France et c’est ça qui m’a attiré le plus.

La première saison, je pense que le résultat équivalait à n’importe quel titre de champion de Serbie parce qu’on a remporté le Challenge Round dans une situation extrêmement difficile : 5 joueuses majeures, Bintou DIEME-MARIZY, Romy BAR, Mame-Marie SY-DIOP, Emilija PODRUG et Mistie BASS  sans oublier Alexia PLAGNARD et Mélanie PLUST, qui ont dû attendre la deuxième partie de saison pour jouer (afin de répondre aux exigences de la DNCG en matière de respect de la masse salariale, ndlr). Elles ont ensuite été aidées par Milica DABOVIC en deuxième partie de saison. Je tiens à souligner qu’on a évolué avec des grandes joueuses et de belles personnes. Elles ont accepté ma philosophie de basket. Elles ont fait tous les entraînements, les matches, les déplacements qui sont très très durs en France. Je les remercie vraiment parce qu’elles ont fait des choses extraordinaires. Cette victoire au Challenge Round donc, pour moi c’est pareil qu’un titre national dans n’importe quel autre pays.

La deuxième année, Lyon Basket Féminin a été relégué en deuxième division. Pour moi en tant que coach, c’était très compliqué mais j’étais tellement bien acceptée par les joueuses mais aussi les fans et par les Lyonnais que j’ai dit et je le rappelle : même si nous étions descendues en NF1 ou NF2, je serais restée. Je n’aurais pas abandonné un bateau qui est à la dérive ! C’était très difficile sportivement et heureusement qu’à la fin de la saison, j’ai été championne d’Europe avec l’équipe nationale !

En 2015-2016, on a construit une assez bonne équipe. J’ai apporté au championnat français d’énormes joueuses. Elles ont joué pour des sommes bien en deçà de leur niveau, je pense notamment à Dajana BUTULIJA ou Milica DABOVIC, championnes d’Europe en titre, Latoya WILLIAMS, qui a fini MVP étrangère ou Lauren ERVIN, qui est d’ailleurs toujours en LFB. J’ai essayé d’apporter des nouveaux noms et des jeunes comme Mamignan TOURE, qui est maintenant à Nice et j’en suis très contente ou Esther NIAMKE, que j’avais nommée capitaine, ou Christelle DIALLO, qui n’était pas forcément au meilleur de son potentiel au départ mais qui fait désormais de très belles choses. On a fini septièmes. J’ai quand même un regret, c’est de ne pas avoir fini cinquièmes ou sixièmes mais ça n’a pas été possible.

A la surprise des fans de basket féminin en France, vous avez quitté Lyon à la fin de la saison dernière pour vous engager avec Galatasaray. Pourquoi ce choix ?

Ce n’est pas pour Galatasaray que j’ai quitté Lyon, ça n’a rien à voir ! Et je ne pense ne pas avoir dit mon dernier mot dans le basket français.

Quelles sont les ambitions du club pour la saison 2016-2017 ? Et les vôtres ?

Apparemment, les clubs en difficulté doivent se dire que dans ce cas-là, il faut appeler Marina (rires) ! Galatasaray, qui a déjà été champion d’Europe et qui participe régulièrement à l’Euroligue, connait quelques difficultés cette année. Ils ont de jeunes joueuses très talentueuses cette année, que ce soit en U16, U18 ou U20 mais elles n’ont jamais été dans l’équipe professionnelle. Le premier objectif est donc de les introduire dans l’effectif. Les dirigeants savaient que, en club ou en équipe nationale, ça ne m’a jamais posé de problème de donner du temps de jeu aux jeunes. Ca ne suffit pas, il faut des joueuses avec une certaine expérience. Ca sera complètement différent du passé parce qu’on a perdu Bahar CAGLAR, qui était emblématique dans ce club mais aussi Nevriye YILMAZ, qui, après tout ce qu’elle a apporté à Galatasaray et en équipe nationale, a décidé d’arrêter de jouer au basket. Il reste donc Isil ALBEN qui, en tant que capitaine, va essayer de mener cette jeunesse. Elle fait très bien son travail, c’est le bras droit du coach. Ses deux coéquipières et amies sont parties mais elle se débrouille très bien ! Malgré les difficultés, on va essayer de faire des miracles et gagner beaucoup de matches.

Pouvez-vous nous présenter les recrues ?

Il y a Mariya PAPOVA, la Biélorusse, qui, hormis une saison à Namur où elle n’a pas fait grand chose, n’a jamais vraiment quitté son pays. Elle apporte beaucoup sur le poste 4. Elle se bat, elle peut shooter, driver. J’apporte quelqu’un qui est complètement inconnue en Turquie, Yvonne ANDERSON, qui a évolué en Suède et en Italie la saison dernière. Elle est issue d’une famille qui connait bien le basket puisque son papa est entraineur en NCAA (Mike ANDERSON, coach de l’équipe masculine de l’Université d’Arkansas, nldr).

C’est une battante, elle va devoir confirmer. C’est un peu le même cas que Latoya WILLIAMS en France l’année dernière. J’ai aussi recruté Moriah JEFFERSON, une très jeune joueuses que je suis depuis 2 ans et qu’on a réussi à faire signer bien avant qu’elle fasse de très belles choses en WNBA, comme j’ai suivi Danielle PAGE avant qu’elle n’obtienne la nationalité serbe. C’est donc une jeune joueuse très prometteuse. Je suis content de l’avoir fait signer tôt sinon tout le monde aurait voulu la prendre après ce qu’elle a fait dans la ligue américaine. Dès que mon contrat a été signé avec “Gala”, j’ai tout de suite parlé d’elle. Elle peut devenir la meilleure meneuse en Europe. On aura aussi Kristine VITOLA, qui était à Salamanque en Espagne, internationale lettone. C’est un pivot très intéressant. Elle est présente au rebond, comme j’aime.

J’ai aussi pris une jeune joueuse bosnienne qui évolue au poste 4-5, Melisa BRCANINOVIC. Elle n’a que 17 ans et a signé chez nous pour 3 ans. Elle vient surtout pour s’entraîner et progresser avec nous. Même si elle vient d’un pays d’ex-Yougoslavie, je ne la connaissais pas mais sa maman est très connue (Mara LAKIC, médaillée d’argent aux J. O. de 1988, ndlr). Elle profite d’ailleurs du développement de notre sport dans son pays pour améliorer ses capacités.

Ensuite, pour en revenir à mon groupe et comme je l’ai dit précédemment, il y a les jeunes joueuses turques qui veulent évoluer au haut niveau.

Avez-vous déjà pu découvrir la culture turque ?

Vu la vie que j’ai eue (Marina est la fille de Bozidar MALJKOVIC, ancien coach de Barcelone, Limoges ou encore le Panathinaïkos, ndlr). A l’âge de 5 ans, j’ai quitté Belgrade, ma ville natale, pour voyager à travers le monde : Grèce, la France, l’Espagne et maintenant la Turquie. Ce n’est donc pas nouveau pour moi de déménager autant. Je suis ouverte aux différentes cultures, aux différentes personnes. Ce qui me plait ici, c’est l’ambiance de travail. Les gens qui ont travaillé avec moi connaissent mon état d’esprit “militaire”. Quand on travaille, on travaille. Il y a un temps pour le plaisir et un temps pour le travail. Quand on travaille, on y va à fond et on dépasse ses limites. Ce côté-là me plait dans la culture turque. Sinon, la population est très accueillante avec les étrangers.

Ici, il y a la mer. Même si je ne suis pas quelqu’un qui est très fan de la mer, de la plage, etc., ça donne une autre dimension à la vie. Ce sont pour l’instant mes impressions d’Istanbul, qui est une énorme ville puisqu’il y a 17 millions d’habitants.

Merci Marina de votre disponibilité et bonne saison avec Galatasaray !

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